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À brûler !

Entre juin 1792 et messidor an II, une série de lois organise le regroupement puis la destruction des anciens titres féodaux ; dans l'Yonne, c'est à l'expertise, au savoir et à l'opiniâtreté d'un homme, le père Laire, que l'on doit de disposer aujourd'hui de sources précieuses pour écrire l'Histoire, alors qu'elles étaient vouées à la suppression.

La suppression des anciennes administrations en août 1789, puis la nationalisation des biens du clergé (novembre 1789) et de ceux des émigrés (mars 1792) entraînent la remise de leurs archives aux districts.

Les tris nécessaires pour identifier les fonds afin d'estimer la valeur des biens nouvellement acquis nécessitent le recrutement d'un personnel qualifié. Parmi ces hommes figure dans l'Yonne François-Xavier Laire, religieux de l'ordre des Minimes, ancien bibliothécaire de l'archevêque de Sens, bibliophile averti et auteur de nombreux catalogues de bibliothèques françaises et étrangères. Nommé bibliothécaire du district de Sens le 11 avril 1791, il accueille les bibliothèques et chartriers de l'archevêché et du chapitre archicathédral, puis des abbayes de Sens et de Vauluisant, dont il dresse les inventaires.

Afin de supprimer toute trace de l'organisation féodale, jugée odieuse, mais aussi de se prémunir de tout risque de réaction, un ensemble de décrets dirige à partir du 19 juin 1792 les opérations de tri vers l'identification précise des titres généalogiques, puis féodaux, qui doivent être détruits. Quelques mois plus tard, la quête s'oriente vers les parchemins, à remettre à la Cartoucherie nationale afin de conditionner la poudre à fusils.

Le père Laire, désormais bibliothécaire du département, devant satisfaire à la loi, développe un ingénieux subterfuge : tout en les déclarant "à brûler" (ce dont certains documents conservés par les archives de l'Yonne portent encore la trace), il "oublie" de livrer à la destruction les livres rares et précieux, tout comme les documents d'archives uniques. Les 8 500 feuilles de parchemins envoyées à la cartoucherie à Nantes et les trois charretées de papiers brûlées en place publique ne représentaient donc, à ses yeux, qu'un intérêt moindre.

À l'exception des fonds déposés au district de Saint-Fargeau, qui ont souffert d'une ardeur destructrice toute particulière, les autres ensembles documentaires ont été en grande partie préservés. Le 5 brumaire an V (26 octobre 1796) est décidé leur transfert au chef-lieu du département : désormais à l'abri, ils y attendent patiemment l'arrivée du premier archiviste diplômé du département, Maximilien Quantin, en 1833.

Chemise d'un acte notarié portant la mention « à brûler » conservée dans le fonds de l'abbaye de Vauluisant (XVIIIe s.).
Arch. dép. Yonne, H 680

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