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Les malheurs du sceau de l'abbé de Clairvaux

Vers 1151, (saint) Bernard de Fontaines, abbé de Clairvaux, victime du vol de la matrice de son sceau, est contraint d'en changer pour imprimer sa marque sur la cire au bas des actes qu'il valide. Les archives départementales de l'Yonne conservent l'une des trois seules empreintes connues de son premier sceau.

Elle se trouve sur un accord conclu sans doute après 1142 et avant l'été 1147, grâce à l'abbé de Clairvaux qui jouit alors d'un immense prestige dans la Chrétienté, entre les Templiers de Coulours et les moines de Vauluisant, dont les sceaux encadraient, à l'origine, celui de Bernard.

Apposée sur une cire brune appendue à une cordelette, l'empreinte en navette, de dimensions modestes (35 mm de hauteur), montre un bras tenant une crosse, insigne de l'autorité de l'abbé. Le côté du corps, suggéré par trois arcs de cercle, et le bras, figuré avec une manche bien visible, rappellent le costume monastique ; la main évoque la personne de l'abbé. La crosse est mise en valeur par le dessin du nœud, bien marqué entre la hampe et le crosseron dont la volute est sans ornement. Conformément à ce qui va peu à peu s'ériger en règle au sein de l'ordre, et dans la mesure où avant 1335 le sceau de l'abbé engage tout son monastère, la légende ne porte pas le prénom du supérieur : ainsi peut-on lire la simple inscription Signum abbatis Clarevallis (« Cachet de l'abbé de Clairvaux »), entre une croix et deux-points.

La réglementation cistercienne précisera, en 1200, que les sceaux des abbés de l'Ordre doivent montrer un abbé ou un simple bras, tenant une crosse. C'est ainsi, par exemple, que se présente celui de l'abbé de Pontigny, vers 1155, ou celui d'Orval, en 1192. Celui de Bernard de Clairvaux a pu servir, en cela, de modèle, grâce à sa large diffusion.

Ce premier sceau de saint Bernard connaît une histoire mouvementée.

Vers 1151, Bernard se rend compte que Nicolas de Montiéramey, son secrétaire, a scellé des lettres rédigées sans son accord. L'abbé, trahi, abandonne alors l'usage de sa première matrice, et se sert d’abord d'une matrice provisoire, dont la description n'est pas connue ; peu de temps après, il écrit au pape Eugène III : « nous utilisons désormais le nouveau [sceau] que vous pouvez voir et qui comporte notre image et notre nom ». C'est sans doute celui dont une empreinte subsistait encore au XVIIe siècle à Paris, portant effectivement le nom de l'abbé et sa représentation, un livre en main droite et une crosse en main gauche.

Quoi qu'il en soit, peu de temps après, Bernard annonce au souverain pontife : « Nicolas est parti (…) en laissant derrière lui des traces repoussantes. (…) En plus de livres, d'argent et de nombreux objets d'or, lors de son départ, on a trouvé sur lui (…) notre propre sceau – et non pas l'ancien, mais le nouveau, car j'avais été récemment contraint d'en changer à cause de ses fraudes et de ses larcins secrets ! ».

Ce document, où pend donc l'un des trois exemplaires connus du premier sceau de Bernard (les autres étant conservés à Paris et en Belgique), sera exposé à Troyes durant l'été 2015 dans le cadre de l'exposition «  Clairvaux, l'aventure cistercienne  » organisée par le Département de l'Aube à l'occasion des célébrations du 900e centenaire de la fondation de la troisième fille de Cîteaux.

Document sélectionné et présenté par Jean-Luc Benoit

Accord entre les Templiers de Coulours et les moines cisterciens de Vauluisant [1143-1147],
arch. dép. Yonne, H 675-1

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