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Sage-femme et ensevelisseuse à Saint-Brancher

Le 12 janvier 1808, le conseil de fabrique de Saint-Brancher accorde à Suzanne Pinglin les prérogatives de sage-femme du hameau de Villiers-Nonnains. Elle devient ainsi un personnage incontournable de la communauté villageoise. Si l’autorité religieuse oblige ainsi les paroissiens à n’avoir recours qu’à elle, ce n'est pas seulement pour des raisons de sécurité médicale et de lutte contre la mortalité infantile, mais aussi pour exercer une étroite surveillance sur les paroissiens.

Suzanne Pinglin, qui pratique déjà des accouchements, a été choisie par la majorité des femmes réunie en assemblée dans l’église, en présence du curé, Louis Nicolas Chaussard. Si la reconnaissance des femmes est nécessaire pour éviter toute contestation ultérieure, ce sont les membres du conseil de fabrique, organisme chargé de l'administration des biens et du fonctionnement de la paroisse, qui décident en dernier ressort de sa nomination. La sage-femme doit en effet être catholique et présenter toutes les garanties morales requises ; elle s’engage implicitement à ne pas pratiquer l’avortement et à prévenir tout risque d’infanticide ou d’abandon d’enfant. La copie de la délibération a valeur de certificat du droit d’exercer.

Après avoir assisté la parturiente pour mettre au monde son enfant, la sage-femme, sous l'autorité tutorielle du prêtre, présente le nouveau-né au baptême ; en cas de danger de mort imminente, elle est autorisée à pratiquer l’ondoiement. L’instruction qu’elle reçoit concerne "la manière" de pratiquer cette cérémonie simplifiée du baptême, en cas de besoin.

Mort et naissance sont étroitement associées, que ce soit pour la mère (la mortalité en couches est une donnée permanente jusqu’au début du XXe siècle) ou pour l’enfant ; plus généralement, Suzanne Pinglin, qui intervient dans les foyers dans les premiers instants de la mort, est donc aussi ensevelisseuse.

Le 31 mars 1811, une nouvelle délibération est portée au registre de la fabrique afin de fixer le montant des émoluments que peuvent percevoir les sage-femmes des différents hameaux de Saint-Brancher : aucun tarif n’avait été défini trois ans plutôt, et l’absence de réglementation aurait donné libre cours à des abus. Aussi est-il décidé que Suzanne Pinglin et ses consœurs ne demanderont rien pour un enfant emmené sur les fonts baptismaux (libre aux parrain et marraine de donner, s’ils le souhaitent) ; pour la relève des couches, elles recevront 20 sols. Lors de l’ensevelissement d’un enfant ou d’un adulte, elles prendront la chemise du défunt et les restes du linceul. La famille pourra décider de leur remettre les autre linges ; si ce n’est pas le cas, pour un enfant de moins de 12 ans, elles devront recevoir trente sols, au-delà de cet âge, trois francs. Si elles ne se conforment pas à ces obligations, elles perdent leur emploi.

Supprimées à la Révolution, rétablies avec le Concordat de 1801, chargées en premier lieu de la gestion des revenus et des biens d'une église, les fabriques n’en interviennent pas moins, comme on le voit, dans la vie de ses habitants. Aussi leurs archives, conservées dans la série V des archives départementales, sont essentielles pour qui veut étudier l’histoire religieuse ou communautaire du département.

Document sélectionné et présenté par Sylviane Follet-Clavreul  

Registre des délibérations du conseil de fabrique de Saint-Brancher (12 janvier 1808)

Arch. dép. Yonne, 5 V 1032

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