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Vive l'Empereur, vive la mariée !

Si certaines institutions fondées par Napoléon, Premier consul puis Empereur des Français, subsistent encore dans la France d'aujourd'hui (Code civil, préfets, académies...), celle de marier une jeune fille « vertueuse » à un ancien soldat à l'occasion du mariage du chef de l’État ou lors de festivités nationales a bel et bien disparu. En 1810, l'Empereur partage pourtant ainsi sa félicité conjugale avec des anciens de la Grande armée.

Napoléon Ier, divorce de l'impératrice Joséphine, qu'il avait épousée en 1796, le 20 décembre 1809. Le motif invoqué est celui de l'infertilité de leur union : après 13 ans de mariage, l'Empereur est sans héritier mâle qui puisse asseoir la dynastie qu'il entend fonder.

L'Empereur ne pouvant rester célibataire, la quête d'une nouvelle épouse commence. Son choix se porte sur Marie-Louise d'Autriche, fille aînée de l'empereur François Ier. Il s'agit d'une décision politique : depuis 1792, l'Autriche a fait partie des nombreuses coalitions qui se sont nouées en Europe contre la montée en puissance de la France. Défait à Wagram (6 juillet 1809), humilié par le traité de Schönbrunn, l'empereur d'Autriche accepte une union qui doit garantir, dans un contexte géo-politique complexe, une tranquillité relative.. Dans un premier temps, Napoléon ne semble intéressé que par sa descendance : il déclare épouser « un ventre », la jeune femme, née en 1791, ayant 22 ans de moins que lui...

Le mariage impérial à lieu, par procuration le 11 mars 1810 à Vienne, puis civilement le 1er avril 1810 dans la grande galerie du château de Saint-Cloud.

Parmi les réjouissances organisées, un décret publié le 25 mars, accorde la grâce, sous conditions, à certains prisonniers condamnés correctionnellement, l'amnistie pour les déserteurs et surtout le mariage, le 22 avril suivant, de six mille militaires en retraite. Le chiffre n'est pas fixé au hasard : il permet de choisir un heureux élu dans chacune des justices de paix de l'Empire.

Le mariage est doté de 600 francs ; les jeunes femmes doivent remplir de stricts critères de moralité et de piété filiale, et jouir d'une réputation irréprochable. Elles doivent également être choisies dans la commune de résidence de l'ancien « grognard ».

Dans l'Yonne, en exécution du décret impérial, ce sont les conseils municipaux et les juges de paix qui se chargent de désigner les époux, en suivant les instructions du préfet. Dans l'arrondissement d'Avallon, le sous-préfet sollicite ainsi les juges de paix ainsi que les maires et curés d'Avallon, de Châtel-Censoir, de Guillon, de L'Isle-sur-Serein, de Quarré-les-Tombes et de Vézelay

Le délai fixé entre le décret et la date des mariages laisse peu de temps. La machine administrative se met en marche. Châtel-Censoir étant provisoirement dépourvue de juge de paix, c'est donc à Vézelay que la décision est prise par Borot, juge de paix, Montauré, maire de Châtel-Censoir, Petitun, curé de Vézelay et Piant, curé de Châtel-Censoir. Le choix se porte finalement sur Joseph Tissier, « militaire congédié » ayant plus de quinze ans de service, et Françoise Maudron, qui jouissent « tous les deux de la meilleure réputation » à Châtel-Censoir, où ils résident, et répondent aux critères exigés par le décret du 25 mars. La noce, effectivement célébrée le 22 avril, donne lieu, aux frais de la commune de Châtel-Censoir, à un banquet pour les époux et pour les soldats de la garde nationale

C'est dans le fonds de la sous-préfecture d'Avallon qu'il est aujourd'hui possible de consulter ces documents, parmi les autres dossiers d'affaires suivies par cette administration depuis sa création.

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Documents proposés et présentés par Antoine Bianconi et Sylvie Snegourouski.

Mariage de militaires avec des filles de leurs communes à l'occasion du mariage de l'Empereur sous-préfecture d'Avallon (1810)
Arch. dép. Yonne, 2 Z 49

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